L’INVITE DE NOEL

Mathieu 25 : 31-46

Grégoire vivait dans un village, et pendant des années il avait réparé les chaussures de tout le monde, petits et grands. Six jours par semaine, il travaillait dur, mais le dimanche, il fermait boutique et gravissait la colline au sommet de laquelle était perchée la petite église où il allait prier et louer Dieu. Les dimanches étaient ses jours les plus heureux car le Seigneur était son ami le plus précieux.

Les années passèrent et Grégoire devint un vieillard. Sa femme était décédée, ses enfants s’étaient mariés et avaient quitté la maison. Il ne pouvait plus travailler aussi longtemps ni aussi rapidement qu’auparavant. L’argent commençait à se faire rare, et parfois, il en avait à peine assez pour acheter de la nourriture et du bois de chauffage.

C’était la période de Noël, et une neige épaisse recouvrait de son manteau les toits et les collines. Là-haut dans l’église, les lampes étaient allumées et une lueur orange coulait des vitraux. Les gens se hâtaient dans sa direction pour commémorer la naissance du Christ et s’en réjouir ensemble. Seul Grégoire, le vieux cordonnier, était resté assis à la fenêtre de son échoppe. Une expression mélancolique sur le visage, il observait la foule heureuse. Plusieurs villageois s’arrêtèrent pour le saluer.

  • Vous ne venez pas père Grégoire ? Les cloches sonnent, prenez donc votre manteau et venez avec nous !
  • Je ne peux plus gravir la colline, répondit-il tristement. Mes genoux sont tellement perclus de rhumatismes que je peux à peine traverser la rue.

Il resta assis un certain temps à écouter les cloches sonner, et la lointaine musique des hymnes de Noël lui parvint à travers l’air gelé. Comme il se sentait faible et vieux ! Il tomba dans un sommeil profond et rêva d’un ange qui se tenait debout, et toute la chambre était inondée par la chaleur et la lumière qui émanaient de lui.

  • Quel est ton souhait Grégoire ?, demanda l’ange. Ce que tu désires te sera accordé.
  • Je ne peux pas aller avec les autres gens dans la maison de Dieu, c’est pourquoi je demande que le Christ lui-même me visite dans ma maison.
  • Demain, cela te sera accordé, dit l’ange, et la lumière s’évanouit.

A l’aube, une belle neige fraîche recouvrait les rues de son tapis, mais Grégoire n’avait pas le temps de regarder dehors. Il savait qu’aujourd’hui il allait recevoir son invité céleste. Il n’y avait pas de temps à perdre. Il balaya péniblement la pièce, prépara le bois de chauffage et sortit tout ce qu’il avait à manger sur une nappe blanche comme la neige. Il attendrait l’arrivée de son invité pour manger et pour allumer le feu. Quand tout fut prêt, il alla s’asseoir près de la petite vitrine de sa boutique, scrutant la rue de gauche à droite.

Quelqu’un approchait… Un instant son cœur cessa de battre. Ce n’était pas l’enfant Jésus, seulement un gosse malingre, le fils de l’aveugle qui habitait au bas de la rue. Il claudiquait pieds nus dans la neige, et quand il s’approcha, Grégoire vit que ses mains aux articulations blêmes se pressaient sur ses yeux. L’enfant pleurait doucement.

  • Pourquoi pleures-tu mon enfant ?
  • J’ai des engelures à mes pieds… Elles me font tellement mal…
  • A-t-on idée de marcher pieds nus dans la neige ? Où sont tes souliers ?
  • Je suis devenu trop grand pour les porter. Ils me serrent trop, et avec mes engelures…
  • Alors viens ici mon enfant, pose ton pied sur ce morceau de cuir. Aujourd’hui, j’attends un invité, mais demain je te ferai une paire de sandales. Reviens dans deux jours… Non, tu n’as pas besoin d’apporter de l’argent, ton père est un ami.

Les yeux de l’enfant brillaient au travers de ses larmes, et il partit en courant, toute douleur oubliée.

Le pâle soleil hivernal était maintenant haut dans le ciel, et l’invité n’était toujours pas venu. Ah, quelqu’un venait ! Il regarda plus attentivement et laissa échapper un soupir, tant était grande sa déception. C’était seulement la veuve qui habitait dans une ruelle au bas du quartier, et qui rentrait chez elle avec son pain sous le bras. Elle était sortie mendier aux premières lueurs du jour. Il se souvint tout à coup qu’il avait réparé pour elle quelques paires de chaussures.

  • Ho, veuve Marie ! Tes chaussures sont prêtes depuis longtemps, tu peux venir les chercher.
  • Je ne peux pas les payer, père Grégoire. J’ai six petites bouches à nourrir. Tu ferais mieux de les vendre pour récupérer ce que je te dois. Celles que nous avons tiendront le coup jusqu’à la fonte des neiges.
  • Prends-les veuve Marie ! Les petits ont plus besoin d’argent que moi. Prends-les au nom du Christ et que Dieu te bénisse.

Le visage de la veuve s’éclaira, des larmes de gratitude coulèrent le long de ses joues amaigries. Elle embrassa la main du cordonnier et se remit en chemin tout en le bénissant.

Bientôt le soleil s’enfonça peu à peu vers l’ouest virant au jaune, et l’enfant Jésus ne venait toujours pas… La petite église se détachait en silhouette noire contre un ciel orange, et des ombres s’allongeaient sur la neige… Il ne viendrait plus maintenant… Peut-être cette histoire d’invité n’était-elle qu’un rêve, après tout… Frissonnant de froid et de faim, le vieillard lança un dernier coup d’œil sur la route.

Quelqu’un venait, mais ce n’était pas un enfant radieux. Juste un voyageur épuisé s’appuyant sur son bâton, et qui semblait chercher quelque chose. C’était un étranger, et Grégoire l’interpella :

  • Où vas-tu de ce pas  ?
  • Chez mon fils qui habite dans le prochain village. Mais il me reste encore huit kilomètres à faire et je suis affaibli par le froid et la faim. Me permets-tu de me reposer un peu chez toi à l’abri du froid ?
  • Entre et sois le bienvenu, dit Grégoire en ouvrant la porte. Le voyageur se laissa tomber près du foyer éteint, grelottant. Grégoire hésita :
  • Je serais heureux de faire du feu, mon frère, mais j’attends un invité.
  • Un invité ? Qui pourrait venir si tard dans la nuit, par cette neige ? Moi je me réchaufferais volontiers…

« Il ne viendra plus maintenant, pensa-t-il tristement. J’ai été abusé par un rêve, et comment pourrais-je refuser le couvert et le toit à ce pauvre étranger ? » Alors il fit un feu et le voyageur reprit des forces dans l’agréable lueur des bûches incandescentes.

  • Je finirai mon voyage demain matin, dit l’homme. Béni sois-tu, mon ami, pour ta bonté envers le pauvre étranger que je suis.

Grégoire se prépara à dormir, mais son cœur était lourd de déception. Il murmura dans l’obscurité. :

  • Pourquoi n’es-tu pas venu Seigneur ? Toute la journée je t’ai attendu…

A nouveau, l’obscurité fut comme envahie de chaleur et de clarté, et une voix se fit entendre :

  • Mais je suis venu ! Et quel accueil royal tu m’as fait !

Alors ce fut comme si des voix s’élevaient tout autour de lui, en prononçant ces paroles :

  • Car j’étais l’enfant aux pieds meurtris,
  • J’étais la veuve aux yeux rougis,
  • Et l’étranger… c’était moi aussi !

Patricia St John

«  Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. » Mathieu 25 : 40

2 commentaires sur « L’INVITE DE NOEL »

    1. Merci mes bien aimés ! Recevez mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année d’espérance où notre
      Seigneur n’en finit pas de nous étonner, si nous demeurons émerveillés devant Lui comme des enfants.
      Amitié fraternelle
      Najat

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